La « mentalité de guerrier » au premier plan de l’œuvre d’une artiste

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Peter Mallett, The Lookout

À première vue, les peintures de l’artiste de renom Silvia Pecota ressemblent à des photos, des moments survenus dans un pays déchiré par la guerre qui racontent en détail l’histoire des forces militaires du Canada.

Le réalisme est époustouflant. Les sujets sont d’une authenticité envoûtante.

Il y a treize ans, durant les étapes initiales du déploiement de l’Armée canadienne en Afghanistan, Silvia Pecota accompagnait les soldats sur la ligne de front, dans le but d’illustrer l’expérience qu’ils vivent par moyen de l’art. Ce faisant, elle a rejoint les rangs de nombreux peintres, illustrateurs et photographes ayant été choisis dans le cadre du Programme d’arts des Forces canadiennes.

Elle a aussi puisé son inspiration du temps passé au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité à Haïti en 2004, ainsi que de ses visites à des bases militaires du Canada pour voir comment les soldats s’entraînent et vivent.

« Le fait de savoir ce que nos soldats ont enduré est devenu ma source d’inspiration, affirme Mme Pecota, 58 ans. J’ai en moi un désir intime de mettre en valeur leur compassion d’une façon magnifique. Je souhaite inciter les gens à s’arrêter et à réfléchir lorsqu’ils voient mes œuvres. »

Elle a pris des milliers de photos pendant qu’elle accompagnait les troupes, et celles-ci constituent le fondement des œuvres d’art qu’elle a créées dès son retour à son studio de Kingston, en Ontario. Depuis 2002, elle a produit plus de 50 compositions rendant hommage à la mission en Afghanistan, de même que plus de 20 œuvres illustrant l’histoire de l’Armée canadienne, allant de la guerre de 1812 à la Seconde Guerre mondiale.

De nombreuses compositions sont dédiées aux personnes qui ont rendu l’âme; elle les a publiées en 2015 dans Remembering our Fallen, livre de poésie et d’œuvres d’art de 72 pages.

Les images fixes constituent les composantes de base de son processus créatif. Elles servent de rappel, de source d’inspiration et de référence fort utile pour garantir le réalisme de son œuvre. À l’aide de Photoshop, et plus tard, de peintures à l’huile, elle crée l’œuvre d’art, laquelle peut être composée de plus de 100 couches qui se fondent en une représentation homogène réaliste d’une scène.

Sa ténacité à se rendre sur la ligne de front et à ne pas se laisser dissuader par des dirigeants militaires qui souhaitaient la tenir à l’abri du danger a été récompensée : chacune de ses peintures intimes n’aurait pu être réalisée sans en avoir fait elle-même l’expérience.

« La seule façon dont j’ai pu comprendre l’expérience, en tant qu’artiste, c’était de me rendre sur le champ de bataille et de la vivre moi-même, affirme-t-elle. Ce n’était pas un jeu vidéo hypothétique; j’avais besoin de savoir à quel point il fait froid le soir lorsqu’on dort dehors, dans un « houchie », ou de savoir qu’il pourrait s’agir de la dernière journée en vie d’une personne, car elles sont nombreuses à ne pas rentrer à la suite d’une patrouille. »

Au départ, il a fallu du temps pour gagner la confiance des hommes et des femmes en uniforme, alors qu’elle pointait son appareil photo et appuyait sur l’obturateur. Ce n’est qu’une fois qu’ils ont compris qu’elle était une artiste, là pour rendre compte de leur expérience par l’intermédiaire de ses œuvres d’art, que les barrières sont tombées.

« Pour moi, il était question de comprendre la mentalité de guerrier et d’obtenir leur confiance », explique-t-elle.

Outre le fait d’être une photographe et artiste accomplie, elle est également sculptrice. En 2008, elle a sculpté un relief qui rend hommage aux personnes tombées au champ d’honneur, lequel a été coulé en bronze et exposé au Musée de l’Aviation royale canadienne de Trenton, en Ontario; un deuxième exemplaire de l’œuvre a été exposé au cénotaphe canadien à Kandahar, en Afghanistan, et un troisième sera dévoilé en mai au QGDN Carling, à Ottawa.

Son œuvre n’est pas uniquement axée sur la vie militaire. Au cours de sa carrière, Mme Pecota a voyagé au Canada et ailleurs dans le monde, prenant des photos de personnes et d’endroits célèbres. Le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry lui a confié le mandat de dresser le portrait de la colonel en chef de l’époque, lady Patricia, comtesse Mountbatten de Birmanie. Elle s’est rendue dans le Grand Nord canadien où l’expérience qu’elle a vécue l’a incitée à illustrer son premier livre pour enfants, Hockey Across Canada, de même qu’une série d’œuvres d’art en vue des Jeux d’hiver du Canada de 2007. En 2014, la Monnaie royale canadienne lui a confié le mandat de concevoir une série de pièces commémoratives.

Cependant, les forces militaires stimulent une fois de plus sa créativité. Dernièrement, elle s’affaire à mener son prochain projet : une série de portraits de la Seconde Guerre mondiale et la conception d’un médaillon à l’occasion du 75e anniversaire du jour J cette année.

Pour consulter son œuvre ou acheter des reproductions, rendez-vous au site www.silviapecota.com (en anglais seulement).

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