Mon expérience de la perte et la voie menant à l’espoir

Robert, Mark and Liz, Course 38, June 2005 ***Robert, Mark et Liz, Cours 38, juin 2005

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Liz Quinn

Mon fils, le sergent Mark Salesse, a été tué en 2015 au cours d’un exercice militaire d’entraînement de routine axé sur l’escalade de glace. Alors âgé de 44 ans, il était célibataire, bien qu’engagé dans relation amoureuse sérieuse; il avait accompli plus de 25 années de service au sein des forces armées. Il était technicien en recherche et sauvetage (TECH SAR) et ambulancier paramédical certifié. Une tempête a atteint les Rocheuses plus tôt que le prédisaient les prévisionnistes, et les conditions se sont détériorées.

Mark descendait un mur de glace; il marchait le long d’une énorme saillie recouverte de neige au moment où une grande plaque de neige instable s’est détachée et l’a entraîné dans son sillage. La réverbération a déclenché une avalanche. Mark n’avait aucune chance; il a fait une chute de 274 mètres (900 pieds). On a récupéré son corps six jours plus tard, enseveli sous quatre mètres de neige (12 pieds).

Onze jours plus tard, mon frère Johnny est mort subitement. Nous étions très proches l’un de l’autre; il avait deux ans de moins que moi. Nous avons tenu les funérailles simultanément : mon fils était exposé dans un salon, et mon frère dans celui d’à côté.

Le seul autre enfant que j’ai eu est ma fille. Elle est morte seize jours après la naissance, après avoir été suffoquée par des restes de mucus qui n’avaient pas été bien enlevés à la naissance. Je me souviens de la brume qui a embrouillé mon esprit et engourdi mon âme, jusqu’à ce que je me réveille enfin et que je fasse face à la réalité horrifiante de ma vie : ma fille était partie. J’avais 16 ans lorsque ma mère est morte; c’était le jour de la fête des Mères. J’avais 39 ans au moment où mon père est décédé.

Après la mort de mon fils Mark et de Johnny, j’étais en pilote automatique. J’agissais machinalement de sorte à enterrer mon fils et mon frère dans le respect, ainsi qu’à honorer leur souvenir avec amour. C’était une période chaotique de ma vie : assurer les préparatifs funéraires, mettre au point les pierres tombales, confirmer le lieu de sépulture, assister aux funérailles militaires de mon fils à la Base des Forces canadiennes (BFC) Comox et au service commémoratif en son honneur à la BFC Winnipeg, assister aux funérailles privées dans la région de l’Atlantique, là où mon fils est né, traiter les questions liées aux successions, etc. Cet horaire chargé ne m’a donné aucun temps pour réfléchir ou m’adapter à ma réalité, une réalité qui s’est avérée à la fois dévastatrice et insoutenable et qui m’infligeait une douleur abominable. Mon monde s’était effondré. Mes rêves et mes espoirs se sont écroulés. Ma vie n’allait plus jamais être pareille. Je ressentais un immense vide.

À la suite de la mort de mon fils et de mon frère, j’avais l’impression d’avoir été larguée dans un océan tumultueux et un tourbillon de confusion. Je n’avais plus d’objectif. Ma force disparaissait dans des vagues de dépression. J’ai réussi à garder la tête hors de l’eau et à faire preuve de résilience avec l’aide de mon mari, qui est mon soutien, ainsi que de mes chers amis et de ma famille. Les amis et les camarades de mon fils nous ont immensément aidés.

Cependant, la vie de chacun d’eux a repris son cours normal; ils sont rentrés au travail et ont retrouvé leur famille. Mon mari et moi, quant à nous, sommes restés là à ramasser les fragments de nos cœurs brisés. Nous nous appuyions l’un et l’autre, et heureusement, nous avons pu discuter ouvertement de l’état sombre de nos pensées et de nos émotions.

Lorsque la tragédie est survenue, les forces armées nous ont jumelés avec un accompagnateur désigné compatissant qui était avec nous chaque jour au cours des trois semaines qui ont précédé les funérailles. Il nous a offert du soutien et nous a orientés pendant que nous traversions cette épreuve douloureuse et étions aux prises avec de nombreux obstacles. Durant cette période, l’accompagnateur désigné nous a parlé du programme Empathie, Soutien par les pairs, Offrons une Invitation au Réconfort (ESPOIR) des forces armées, lequel offre les services d’un bénévole pouvant nous appuyer au cours d’une période de deuil, au cas où j’aurais besoin d’aide à me remettre de mon deuil. Ayant perdu mes deux enfants (une fille nouveau-née et un fils d’âge adulte), j’étais découragée. J’ai donc demandé à cette bénévole de me téléphoner après les funérailles.

C’est la meilleure décision que j’ai prise. Au cours des mois qui ont suivi, le pair aidant bénévole compatissant m’a téléphoné, aussi souvent que nécessaire. Puisque nos appels étaient confidentiels, j’ai pu lui confier véritablement mes préoccupations.

Cette bénévole avait perdu son fils – ce dernier et plusieurs de ses camarades ont été tués en Afghanistan. Elle comprenait l’immense perte que je vivais et les sombres vallées que je traversais. Nous étions deux mères ayant perdu le plus précieux des cadeaux, soit un enfant. Cela m’a inspiré de la confiance, sachant qu’elle avait perdu son fils plusieurs années auparavant et qu’elle réussissait tout de même à afficher une attitude positive tout en traversant cette période des plus difficiles. Après 14 mois, elle m’a demandé de songer à devenir moi-même bénévole, car elle avait la certitude que je pouvais aider quelqu’un à poursuivre sa route.

Je suis devenue pair aidant bénévole du programme ESPOIR des forces armées en raison des expériences que j’ai vécues en matière de perte, et aussi parce que je croyais en ce programme. Je comprends les diverses étapes du deuil et les effets qui en découlent. Je reconnais également la nécessité de parler à quelqu’un qui comprend exactement ce que l’on vit. Je suis en mesure d’aider quelqu’un parce que j’ai moi-même vécu ce que cette personne vit en ce moment. Je peux offrir du soutien en cours de route et leur donner de l’espoir pour l’avenir.

Je recommande fortement le programme ESPOIR à quiconque éprouve la douleur ineffable associée à la perte et le sentiment d’impuissance qui l’accompagne.

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