Changer le discours de l’intégration des femmes dans les Forces armées

Col Langelier giving a copy of “Out standing in the Field” to Mme Zerrougi, representative of the Secretary-General of MONUSCO. Photos from the Facebook page: Vive les Femmes Fortes. / Le Col Langelier remet une copie des mémoires « Seule au front » à Mme Zerrougi, représentante du secrétaire-général de la MONUSCO. Photos de la page Facebook : Vive les Femmes Fortes.

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Dawnieca Palma, Affaires publiques, Commandement des opérations interarmées du Canada

La Mission d’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) est la plus importante mission de maintien de la paix de l’ONU. Dans l’ensemble, la MONUSCO compte plus de 15 000 militaires de 54 pays. Il n’est donc pas surprenant que cette mission ait également le pourcentage le plus élevé de femmes casques bleus militaires.

Pourtant, lorsque le colonel (Col) Langelier est arrivé en République démocratique du Congo, il a été surpris de constater qu’il n’y a avait pas beaucoup de femmes occupant des postes cadres. Le Col Langelier se joignait à huit autres membres des Forces armées canadiennes (FAC) déployés dans le cadre de l’Op CROCODILE, la contribution des FAC à la MONUSCO.

« Beaucoup d’efforts ont été déployés pour donner l’occasion aux femmes de participer aux opérations de l’ONU, mais j’ai remarqué que celles-ci n’occupaient pas nécessairement des rôles clés. Les dirigeants, du moins du côté militaire, étaient encore tous des hommes, » remarque-t-il.

Le phénomène l’intriguait. Ces femmes en uniforme étaient toutes aussi qualifiées que leurs homologues masculins.

« Il y a eu d’excellents défenseurs des intérêts des femmes durant la mission et les femmes présentes sont fortes et savent comment faire avancer les choses. C’était simplement une question de perception. Elles n’avaient pas l’occasion de prouver à quel point elles sont compétences, » continue-t-il.

Cette expérience lui a rappelé une amitié établie au début des années 90, lors de ces premières années au sein des FAC, avec Sandra Perron. À titre de première femme officier d’infanterie, Perron a su perdurer malgré le sexisme, le harcèlement et les innombrables cas de macro-agression auxquels elle a fait face de la part des hommes dans son unité. Le Col Langelier était l’un des quelques hommes qui l’appuyaient à ce moment.

Il se souvient de ces années au cours de sa carrière, où il a été témoin de discrimination et où il a lutté contre celle-ci, « Sandra luttait pour l’égalité des sexes et moi je luttais contre la discrimination basée sur l’âge et le fait d’être trop jeune. Nous avons rapidement tissé des liens compte tenu de ce que nous avions endurés, elle plus que moi, » déclare—t-il.

Après avoir solidifié son héritage et pavé la voie pour les femmes dans les FAC, Perron a raconté ses expériences dans ses mémoires, Seule au front (Out Standing in the Field en anglais). Son message, qui témoigne de la force des femmes, était parfait pour les autres femmes accomplies de la MONUSCO.

Quelques semaines après son arrivée, le Col Langelier a écrit à Perron et lui a offert d’acheter des copies de son livre pour les offrir aux femmes participant à la MONUSCO. Perron a envoyé les copies gracieusement. À la surprise du Col Langelier, en plus de ses mémoires, elle a inclut des messages personnalisés faisant état de leur amitié et un paquet de cartes sur lesquelles était imprimé un poème inspirant, qui concerne la façon dont les femmes font une différence et changent le monde.

Ému, le Col Langelier a présenté les copies des mémoires de Perron et les cartes de poèmes à des femmes travaillantes et des hommes défendeurs des intérêts des femmes. Il résume ce projet avec une seule intention, « je voulais encourager le changement. Je voulais partager le souhait de Sandra et la façon dont elle a fait face à ces expériences et ce qu’elle en a retenue. »

Le Col Langelier a même organisé un groupe de discussion avec les femmes et les hommes pour discuter du livre de Perron et des efforts déployés par les femmes et des défis auxquels ils font face au sein des forces militaires.

Le contingent canadien était l’un des plus petits dans le cadre de la mission et n’avait pas de femmes militaires. Ce fait a incité encore plus le Col Langelier à offrir son soutien. Être déployé dans le cadre de l’Op CROCODILE signifie que lui et son équipe ne représentaient pas uniquement les FAC, mais aussi le Canada. Par conséquent, il était important pour le Col Langelier de promouvoir l’égalité des sexes, particulièrement pour les opérations, où la diversité des voix est signe de force.

« Nous nous occupons de zones déchirées par le conflit, ce qui est complexe. Pour analyser, et déterminer comment agir et réagir, intégrer l’égalité des sexes aux Forces armées peut offrir une nouvelle perspective, » explique-t-il. « Nous remarquerions davantage les différentes nuances et pourquoi manquer l’occasion d’ajouter ce point de vue additionnel à nos opérations? »

Afin de remercier Perron pour les copies de son livre et pour son soutien, le Col Langelier a affiché des photos des personnes qui ont reçues les mémoires sur une page Facebook qu’il a créé nommé « Vive les Femmes Fortes ». Parmi les profils, on retrouve Madame Leila Zerrougi, représentante du secrétaire-général de la MONUSCO, Anna Malers, officier de police de la Suède, et la plus récente addition, le lieutenant de vaisseau Angie Albarracin de la marine péruvienne. Chaque profil est accompagné d’une biographie, où la personne peut inclure les étapes qu’elle a franchies et ses accomplissements à titre de femme au sein des forces militaires. Le Col Langelier espère que la page Facebook deviendra une plateforme d’inspiration de discussion et, surtout, de changement.

Il a donné environ quarante copies des mémoires de Perron depuis le début de son déploiement en 2018. Presque à la fin de son déploiement dans le cadre de l’Op CROCODILE, il reste encore quelques copies à donner, mais le Col Langelier constate qu’il ne manque pas de récipiendaires potentiels parmi les membres de la mission. « Ces femmes fortes ne font pas qu’améliorer la mission, » dit-il, « elles sont essentielles à notre réussite. »

Il continue à appuyer l’intégration des femmes dans les forces militaires, encourageant les femmes à faire une différence, à changer les discours et à raconter leur histoire.

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