Des militaires canadiens à Bahreïn pincent des passeurs de drogue sur « l’autoroute du hachisch »

Des membres de la Force opérationnelle multinationale 150, le caporal chef David Jackson, le caporal Robert Pottage, le Cpl Marc Delaney et le Cpl Timothy Schultz
Des membres de la Force opérationnelle multinationale 150, le caporal chef David Jackson, le caporal Robert Pottage, le Cpl Marc Delaney et le Cpl Timothy Schultz, se tiennent devant un satellite de l’Activité de soutien naval à Bahreïn, le 23 janvier 2019. L’équipe composée de trente Canadiens et de sept Australiens collabore avec dix autres Canadiens chargés d’exploiter le système de satellites non classifié de connaissance de la situation par télédétection (URSA). Ce système surveille le trafic maritime dans le golfe Persique et la piste de stupéfiants historique qui sillonne la mer d’Oman et l’océan Indien. Photo : Joshua Karsten, avec la permission de Stars and Stripes, tous droits réservés.

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Par Joshua Karsten, Stars and Stripes

Note de la rédaction : Le texte qui suit est reproduit et traduit avec la permission de Stars and Stripes, qui en conserve tous les droits. L’article original a été rédigé en anglais par Joshua Karsten, rédacteur attitré du Stars and Stripes, et a été publié pour la première fois le 28 janvier 2019 sur le site Web www.stripes.com (en anglais seulement). Le caporal Robert Pottage, deuxième à partir de la gauche, est membre du 42e Escadron de radar de la 4e Escadre Cold Lake.

MANAMA, Bahreïn — La tâche de cibler un petit boutre de pêche rempli d’héroïne flottant dans 2 millions de milles carrés d’océan est comparable à chercher une aiguille dans une botte de foin, mais c’est pourtant l’exploit qu’une équipe composée principalement de militaires canadiens a accompli au cours des deux derniers mois en contribuant aux efforts ayant permis d’intercepter six de ces embarcations et de saisir près de 16 tonnes de drogues illicites.

Les militaires arborant le drapeau unifolié qui participent au partenariat naval réunissant 33 pays sont peut‑être peu nombreux ici, mais ils ont une zone de responsabilité énorme qui inclus la mer Rouge, le golfe d’Aden, l’océan Indien, le golfe d’Oman et certaines des routes maritimes les plus fréquentées du monde.

Juste avant Noël, ils ont aidé le destroyer britannique HMS Dragon à intercepter deux boutres transportant près de 11 tonnes de drogues illicites, pour une valeur s’élevant à près de 6,5 millions de dollars – la plus grande saisie de stupéfiants jamais enregistrée depuis que les Forces maritimes multinationales (FMM) de la région, initialement une force américaine, sont devenues une coalition multinationale de contre‑terrorisme et de sécurité maritime à la suite des attentats du 11 septembre.

En tout, leurs efforts ont mené à six saisies de drogues totalisant 31 585 livres depuis qu’ils ont pris la relève, en décembre, de la marine saoudienne à la tête de la Force opérationnelle multinationale 150 (FOM 150) pour une rotation de quatre mois.

La force opérationnelle s’efforce de contrecarrer les activités terroristes dans la région en les empêchant d’emprunter les voies navigables, notamment les goulots d’étranglement des détroits d’Hormuz et de Bab‑el‑Mandeb et du canal de Suez.

Le commerce de la drogue est l’une des méthodes utilisées par les groupes terroristes et les extrémistes en Asie centrale et du Sud pour réunir les fonds dont ils ont besoin pour « acheter des armes, recruter et former des gens et, enfin, mener leurs activités criminelles », explique le commodore Darren Garnier, commandant de la FOM 150.

À son avis, l’Afghanistan, le premier producteur mondial de pavot à opium, en est un parfait exemple. Les revenus découlant de l’opium, de l’héroïne et du hachisch sont dirigés vers les coffres des talibans, alors que les stupéfiants sont disséminés au moyen d’un réseau d’artères liant l’Asie, le Moyen‑Orient et l’Afrique orientale favorisé par les trafiquants depuis des siècles.

Le Cmdre Garnier précise que la majorité des pêcheurs et des marins marchands ne sont pas des criminels, et que c’est sous la contrainte ou par désespoir qu’ils deviennent trafiquants.

« Nous essayons de comprendre ce qui se passe, de voir comment nous pouvons l’interdire et y mettre fin, et comment nous pouvons, peut‑être, changer la culture des gens qui se livrent à ce commerce, explique‑t-il. Il s’agit d’un long processus d’éducation de grande envergure, et cela prendra du temps. »

En plus des drogues et des armes, les trafiquants transportent du charbon de la Somalie, dont l’exportation a été bannie par les Nations Unies en 2012 dans le but de mettre un frein à un secteur de revenus clé d’Al-Chabaab, un groupe militant affilié à Al‑Qaïda.

Environ 3 millions de sacs de charbon ont été exportés l’an dernier. Selon des observateurs des Nations Unies, la majorité de ce charbon a été réemballé dans des sacs blancs estampillés « Produit de l’Iran », chargé à bord de boutres naviguant sous pavillon iranien et envoyé à Dubaï.

La valeur annuelle des importations de charbon somalien aux Émirats arabes unis est estimée à 150 millions de dollars par ces observateurs; le charbon est couramment utilisé dans ce pays pour cuisiner et fumer le narguilé.

Le charbon est un ajout tout récent au mandat de la FOM 150, et le Cmdre Garnier précise que son équipe composée de trente marins canadiens et de sept Australiens n’a pas encore trouvé de chargements de charbon.

Pour l’aider dans sa mission, la force opérationnelle collabore avec une équipe composée de dix autres militaires canadiens chargée d’exploiter le système de satellites non classifié de connaissance de la situation par télédétection (URSA), qui surveille le trafic maritime dans le golfe Persique et le transport de stupéfiants dans la mer d’Oman et l’océan Indien.

« Nous étudions les mouvements de transport habituels; comment le commerce, les pêcheurs, les gens qui mènent des activités commerciales légitimes en mer au quotidien – comment tout cela se déroule d’un point de vue historique, explique le Cmdre Garnier. Lorsque des navires agissent de façon inhabituelle… ils éveillent alors notre intérêt. »

Selon le militaire canadien, URSA, un système mobile et déployable conçu en 2011, permet de télécharger des images en environ 30 minutes depuis des satellites commerciaux lorsque ces derniers survolent des théâtres opérationnels, et confère ainsi des capacités de cartographie et de surveillance à jour.

Puisque l’imagerie haute résolution provient de sources commerciales, elle peut être diffusée à l’extérieur des forces armées pour des opérations de secours aux sinistrés et d’autres usages civils ou, comme c’est le cas pour la FOM 150, avec des partenaires n’appartenant pas au Groupe des cinq, un réseau de partage de renseignements composé des États‑Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Australie, de la Nouvelle‑Zélande et du Canada.

« Nous pouvons ainsi mettre en place et maintenir une connaissance de la situation et des activités civiles pour comprendre ce qui se passe en mer, explique le capitaine de frégate Mathias Plaschka, responsable de l’équipe du système URSA. Les tendances se développent, les données sont conservées. On se fait une idée de ce qui est normal et de ce qui ne l’est pas. »

Une fois qu’il est déterminé qu’une cible potentielle nécessite d’être examinée de plus près, un navire de la coalition l’intercepte, monte à bord et saisit toute marchandise illicite. Les drogues saisies sont généralement détruites et les équipages, libérés.

Le succès ne se mesure pas uniquement par le nombre de saisies de drogue réalisées, selon le Capf Plaschka, mais par la façon dont les 33 pays des FMM travaillent ensemble pour les mener à bien.

Le caporal‑chef David Jackson précise que le système URSA constitue un élément unique de cette collaboration.

« Nous sommes en mesure d’offrir des renseignements qu’aucun autre élément des FMM ne peut fournir », dit‑il.

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