Les vedettes de sauvetage air-mer ont sauvé des aviateurs abattus pendant le raid de Dieppe

A group of Second World War airmen, wearing a variety of military uniforms, stand and talk together in front of a propeller-driven aircraft.
En novembre 1941, quatre pilotes de la 401e Escadrille de l’ARC discutent de leur mission avec leur commandant d’aviation, après que leur escadrille canadienne eut accompli une patrouille très réussie dans le ciel de la Manche et du nord de la France. De gauche à droite : les sous lieutenants d’aviation Ian Ormston et Don Blakeslee, le commandant d’aviation Norman R. Johnstone, et les sergents Don Morrison et Omer Lévesque. Le sergent Morrison (devenu plus tard sous-lieutenant d’aviation) a été abattu pendant le raid de Dieppe, le 19 août 1942, et il a été rescapé par une vedette de sauvetage air-mer. PHOTO : Archives du MDN, PL-4939.

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Par le major William March

Le raid sur Dieppe en France le 19 août 1942 marque un moment déterminant de la Seconde Guerre mondiale. Alors que la presque totalité de l’Europe continentale était sous la botte nazie, les forces alliées faisaient face à un ennemi solidement retranché. Elles devaient trouver un moyen de prendre pied sur le continent et elles tirèrent du débarquement à Dieppe des leçons inestimables pour le succès de l’invasion du jour J en 1944, leçons qui ont permis de sauver un nombre incalculable de vies au cours de cette offensive capitale.

La grande majorité des attaquants lors du raid sont des Canadiens. En tout, 6 100 hommes y participent, dont 5 000 Canadiens. Les forces d’appui comprennent huit destroyers de la Marine royale et 74 escadrilles aériennes alliées, dont huit appartiennent à l’Aviation royale canadienne.

Il ne fait aucun doute que l’on a pu tirer des leçons précieuses de ce terrible matin du 19 août 1942, mais à quel prix! Sur les 4 963 Canadiens qui se sont embarqués pour cette opération, seuls 2 210 sont revenus en Angleterre, et bon nombre d’entre eux étaient blessés. Les pertes s’élevaient à 3 367, dont 1 946 prisonniers de guerre; 916 Canadiens ont alors été tués. (Extrait du site Web d’Anciens Combattants Canada.)

L’eau était froide, vachement froide!

Pourtant, le pilote de chasse canadien abattu en mer a dû passer outre au choc qui lui engourdissait l’esprit et le corps pendant que ses doigts tâtonnaient pour gonfler le canot de sauvetage individuel désormais si essentiel à sa survie. Un sifflement d’air discret lui a procuré un sentiment de soulagement alors que la petite embarcation de caoutchouc prenait forme. Ensuite, après quelques bons efforts et quelques contorsions maladroites faites pour se hisser à bord, il a réussi de justesse à échapper aux griffes de la Manche. Détrempé, l’estomac mal en point après qu’il eut avalé involontairement quelques gorgées d’eau salée, et saignant d’une petite coupure subie au-dessus d’un œil, le pilote a fait une pause pour réfléchir à la situation fâcheuse où il se trouvait.

À peine quelques minutes auparavant, semblait-il, après avoir escorté des bombardiers américains B‑17 qui allaient attaquer un aérodrome ennemi, le sous‑lieutenant d’aviation D.R. « Don » Morrison et le reste de la 401e Escadrille de l’Aviation royale canadienne s’étaient rendus à Dieppe pour aider à créer un parapluie aérien au-dessus des plages. Dans un ciel rempli d’appareils alliés et ennemis, il s’était rapidement placé derrière un Focke‑Wolfe (FW) 190 de la Luftwaffe, puis, s’en étant approché à 20 mètres, il l’avait détruit. Sa joie a été de courte durée : en effet, des débris de sa victime ont endommagé le moteur de son Spitfire Mark IX. Quelques instants plus tard, désormais aux commandes d’un planeur improvisé, il s’est brusquement éjecté de son avion à moins de 100 mètres de la surface de l’eau. Assis dans son canot de sauvetage, sous la protection des chasseurs alliés virevoltant au-dessus de lui, il a déployé son drapeau rouge et attendu l’arrivée d’une vedette de sauvetage air-mer (VSAM) située non loin de sa position. Tout compte fait, la matinée avait été passionnante pour le sous-lieutenant d’aviation Morrison, mais la journée était loin d’être terminée.

Un des récits moins connus au sujet du raid de Dieppe concerne la bravoure et l’esprit de sacrifice manifestés par les membres du service de sauvetage air-mer (SAM) de la Royal Air Force (RAF), que celle-ci avait créé en 1918 pour fournir un appui maritime aux hydravions à coque dans le cadre de leurs multiples fonctions, dont la moindre n’était pas le sauvetage des aviateurs abattus en mer. Quatorze vedettes rapides du SAM ont été dépêchées depuis divers ports anglais pour appuyer l’attaque à Dieppe. Au moment où il est monté à bord de la vedette 177, le matin du 19 août 1942, le sous‑lieutenant d’aviation Morrison est devenu un des quelque 13 000 aviateurs auxquels ces vedettes ont porté secours au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Après avoir reçu des vêtements secs et des soins pour sa blessure à la tête, le sous‑lieutenant d’aviation Morrison a été informé que la vedette resterait à son poste jusqu’à la tombée de la nuit. Il n’avait prévu qu’il serait ainsi aux premières loges pour observer l’action. Le pilote canadien s’est plus tard rappelé ce qui suit : « Nous avons vu des navires alliés déclencher des tirs antiaériens nourris pour repousser des bombardiers allemands qui allaient attaquer un convoi sur le chemin du retour. Nous avons assisté à une collision frontale entre deux Spitfire ainsi que l’explosion et le voile de fumée noire ainsi provoqués. Nous avons observé des navires qui ripostaient aux tirs des batteries côtières ennemies, et nous avons vu des avions Boston et des destroyers déployer des écrans de fumée pour protéger les convois. »

Il y a eu des moments plus effrayants : le pilote canadien a vu deux FW‑190 attaquer et incendier la vedette 122. La vedette 123, qui s’était portée à l’aide de la première, a elle aussi été prise à partie et lourdement endommagée par les chasseurs ennemis. Les survivants ont ensuite abandonné les bateaux désormais en feu, mais les appareils allemands les ont mitraillés alors qu’ils étaient dans l’eau.

Des chasseurs alliés sont intervenus, et le sous‑lieutenant d’aviation Morrison s’est installé pour « regarder le spectacle », mais la vedette à bord de laquelle il se trouvait a alors été attaquée par six avions ennemis. Avec le reste de l’équipage, il « s’est mis à l’abri en catastrophe — les lueurs intermittentes des canons des avions ennemis m’ont foutu toute une frousse, car je venais de voir ce qui était arrivé aux deux autres vedettes de sauvetage » [Traduction]. Heureusement, après une courte attaque, les chasseurs allemands se sont éloignés en quête d’une autre proie. Notre vedette, endommagée mais encore utilisable, s’est jointe à un petit navire de guerre pour se porter au secours des vedettes en feu.

Le sous‑lieutenant d’aviation Morrison et l’équipage de la vedette 177 « se sont mis à aider les survivants des deux vedettes de sauvetage en proie aux flammes à monter à bord. Leurs réserves de carburant et de munitions explosaient, et bon nombre des hommes dans l’eau criaient de douleur. Ils semblaient tous avoir subi de graves blessures, et plusieurs d’entre nous ont plongé pour aller les aider à se hisser à bord en s’agrippant aux filets de sauvetage. Nous avons pris 14 survivants à notre bord, et le navire en a rescapé quatre autres : il aurait dû y en avoir 22! » [Traduction]

Un des hommes que le sous-lieutenant d’aviation Morrison a sauvés était l’aviateur‑chef Albert Dargue, infirmier de la RAF à bord de la vedette de sauvetage 122. Faisant peu de cas de ses blessures graves, l’aviateur‑chef Dargue avait soigné les blessés graves, et il se préparait à aider à les transférer à bord de la vedette 123 quand celle-ci a été lourdement endommagée. Tandis que le feu se propageait dans les deux bâtiments, l’ordre a été donné de les abandonner; à ce moment‑là, l’infirmier a gonflé les gilets de sauvetage des blessés et il les a fait glisser par‑dessus bord avant de tomber lui-même à l’eau. Affaibli par ses blessures et complètement épuisé par ses efforts, il s’est mis à dériver inexorablement, mais le sous‑lieutenant d’aviation Morrison est venu à son aide et l’a ramené en lieu sûr. La vedette 177 ayant une charge complète de blessés, elle a mis le cap à toute vitesse sur son port d’attache.

Pour les efforts qu’il a déployés ce jour-là, et sans doute aussi en reconnaissance du dévouement et de la bravoure de tout le personnel infirmier, l’aviateur‑chef Dargue a été décoré de la Médaille (militaire) de l’Empire britannique. La citation se lisait comme suit : « L’aviateur‑chef Dargue était infirmier à bord d’une vedette de sauvetage rapide pendant les opérations combinées du 19 août 1942. En dépit de ses blessures, il s’est efforcé de prodiguer les premiers soins aux blessés jusqu’à ce qu’on vienne le secourir dans un état grave. Le courage de l’aviateur‑chef Dargue et les services précieux qu’il a rendus illustrent on ne peut mieux les superbes qualités manifestées par les infirmiers qui ont exécuté des opérations dangereuses à bord des vedettes rapides qui jouent un rôle essentiel dans le service de sauvetage air-mer. » [Traduction]

Quatorze vedettes de SAM ont monté la garde dans les eaux au large de Dieppe, et l’ennemi en a détruit trois. Quatorze officiers et hommes du rang ont alors consenti l’ultime sacrifice pour être fidèles à la devise du service de sauvetage air‑mer : « La mer ne les emportera pas. » Les archives sont incomplètes à cet égard, mais on sait que les équipages des VSAM et les navires de guerre ont rescapé environ 32 aviateurs alliés, dont six Canadiens, ce jour‑là. Malheureusement, quelques-uns ont succombé à leurs blessures.

Le sous‑lieutenant d’aviation Morrison, qui a survécu à la guerre et a été décoré de la Croix du service distingué dans l’Aviation et de la Médaille du service distingué dans l’Aviation, a résumé ainsi son expérience : « Notre escadrille avait exécuté de nombreuses patrouilles à la recherche d’aviateurs abattus pour appuyer les vedettes de sauvetage. Cependant, jusqu’au jour que j’ai passé à bord de la vedette rapide 177, je ne m’étais jamais rendu compte du degré de difficulté du travail accompli par leurs équipages. Les hommes du service de sauvetage air-mer étaient à leur poste beau temps mauvais temps, souvent en vue de la côte française et à portée de l’artillerie côtière allemande. Les vedettes disposaient d’un armement limité (seulement des mitrailleuses Vickers et Lewis) et n’avaient aucun blindage. Ces hommes étaient braves et vaillants : ils ont compté parmi les héros méconnus de la guerre. »

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  • A group of Second World War airmen, wearing a variety of military uniforms, stand and talk together in front of a propeller-driven aircraft.
  • A boat moves quickly across the water.
  • A man sits in a tiny boat in a swimming pool with several men in military uniforms watching from the edge of the water.
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