Roto Zéro, équipe d’activation du théâtre : premiers arrivés sur le terrain

De grandes boîtes noires de matériel et une soucoupe parabolique.
Un spécialiste des systèmes de communication et d’information de l’Armée de terre qui participe à l’opération PRESENCE-Mali installe le terminal SATCOM portable de la Force terrestre au Camp Castor, à Gao, au Mali, le 26 juin 2018. (Photo : Caméra de combat des Forces canadiennes)

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Par le capitaine Thomas Edelson, avec l’aide du capitaine Karine Rondeau Lavaute

Les fermetures et les ouvertures d’opérations des Forces armées canadiennes (FAC) sont fréquentes à l’étranger. En général, la population, et même certains militaires, n’y pensent pas vraiment, car ils se concentrent sur la réalisation de la mission. Quand les militaires arrivent dans le théâtre, ils y trouvent des endroits pour dormir, de la nourriture, de l’eau pour pouvoir prendre leur douche, des médecins au besoin, des téléphones pour appeler à la maison, des fusils, du papier pour les imprimantes, des ordinateurs pour travailler, des bureaux, des chaises, des pansements, parfois de la crème glacée, des lacets de bottes, des dispositifs d’entreposage de munitions, des réfrigérateurs, des génératrices, des chariots élévateurs, du contreplaqué… La liste est très, très longue.

Le gouvernement du Canada a annoncé le 9 mars 2018 que les FAC s’occuperaient de l’important rôle des évacuations aéromédicales avancées dans la mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA). Environ 100 jours plus tard, les premières troupes sont arrivées sur le sable malien.

La complexité de cette mission sur le plan de la logistique et des mouvements est particulièrement élevée.

Le Mali est un pays sans accès à la mer situé à environ 7000 kilomètres de Trenton, en Ontario, avec des infrastructures en développement, un chemin de fer non fiable et des routes très difficiles parfois parsemées d’IED. Il n’y a également aucun accès facile à Internet et la réception cellulaire est limitée. Pendant la saison des pluies, en juin et en juillet, la température ressentie frise les 50 degrés Celsius. Quand les premiers membres des FAC sont arrivés, ils ont atterri sur une piste d’atterrissage en terre parce que la piste principale était fermée pour resurfaçage. Cet environnement poussiéreux accueillera les Canadiens pendant la prochaine année.

« L’objectif de base d’une équipe d’activation du théâtre est de veiller à ce que la force opérationnelle qui arrive puisse faire son travail le plus rapidement et le plus facilement possible », explique le lieutenant-colonel Tom Murphy, commandant de la composante de soutien de la force opérationnelle interarmées. « Notre plus grande difficulté était le manque de temps entre notre arrivée et celle de la force opérationnelle. Normalement, nous avons environs six à huit semaines pour nous installer, mais cette fois, nous n’avions que 24 heures. »

Alors comment pouvons-nous veiller à ce que les troupes puissent, à leur arrivée, s’installer dans leur logement, manger, prendre une douche et dormir avant de commencer leur travail dès le lendemain?

Cette tâche difficile incombe à l’équipe d’activation du théâtre, composée de membres et de matériel du Groupe de soutien opérationnel interarmées des Forces canadiennes, basé à Kingston, en Ontario, et du 2e Escadron expéditionnaire aérien, de Bagotville, au Québec. Si on met tous les mots et toutes les lettres ensemble, on obtient la composante de soutien de la force opérationnelle interarmées (CSFOI), une équipe d’environ 100 membres du personnel compétents et expérimentés provenant principalement de métiers comme la logistique, les transmissions, les services médicaux, le génie et la police militaire.

Heureusement, le secteur où les membres du contingent canadien habitent et travaillent, connu sous le nom de « Camp Castor », était déjà bien équipé pour le soutien réel, grâce aux contingents allemand et néerlandais. Mais les petits problèmes peuvent devenir de grandes difficultés. La conversion à un dispositif d’alimentation électrique européen, l’absence d’accès commercial à Internet et des températures tellement élevées qu’elles peuvent paralyser le matériel de communication comptent parmi les problèmes qui ont été réglés pour permettre le succès opérationnel.

« Du point de vue de la logistique, nous sommes au Far West », raconte le capitaine Patrick Dornan, J4 de l’élément de soutien de la mission. « Nous sommes arrivés avec une petite équipe et le matériel minimum nécessaire pour commencer le travail, et pour le reste, nous tentons d’y arriver pendant l’activation. C’est beaucoup de résolution de problèmes et beaucoup de tissage de liens le plus rapidement possible, mais ça vous fait réaliser à quel point les liens sont importants, non seulement au sein de l’EAT, mais également avec tous les autres pays alliés, les habitants locaux et l’ONU. »

Une règle fondamentale pour les militaires, c’est que si vous pensez que vous en aurez besoin, vous devez être prêt à l’emporter. Pour l’opération PRESENCE – Mali, on parlait de plus de 1,4 million de livres de matériel, qui devait être acheminé à partir du Canada par la voie des airs.

À l’aide d’un carrefour temporaire de soutien opérationnel sur la côte Ouest de l’Afrique, des CC-177 Globemaster ont transporté une vaste quantité de matériel, y compris des hélicoptères démontés. À partir des carrefours de soutien, un équipage de CC-130 Hercules a travaillé sans relâche pour déplacer les membres du personnel et le matériel. L’établissement des priorités et les tâches de coordination pour la livraison et la réception de cette montagne de matériel incombaient aux membres de la 3e Unité de soutien du Canada et de la 4e Unité de contrôle des mouvements des Forces canadiennes. La tenue des opérations dépend de la réception des bons articles dans le bon ordre.

« Dès que vous êtes ici, vous voulez faire tout votre travail, tout le monde veut avoir du succès immédiatement dans son travail, mais le matériel n’arrivait simplement pas assez vite », explique l’adjudant-maître Nick Côté, sergent-major du camp de la CSFOI. « Et les difficultés ne découlaient pas d’une mauvaise planification. Nous devions travailler avec une piste d’atterrissage en cours d’entretien, les conditions climatiques provoquaient des annulations de vols et il y avait d’autres éléments de difficulté, mais notre compétence n’a jamais été mise en doute. »

De plus, le travail dans une chaleur aussi intense peut être très dangereux si les gens ne connaissent pas les symptômes. Les responsables médicaux de l’EAT ont traité de nombreux cas de malaises dus à la chaleur et ont constamment rappelé à tous les membres du personnel qu’il faut boire beaucoup plus d’eau qu’il peut sembler possible. Il était normal pour un militaire de consommer environ dix litres d’eau et des tablettes de sel et de dextrose chaque jour. Avec le temps et la sensibilisation, les membres du personnel ont pu s’habituer à la température.

Il y a aussi des scorpions, des serpents venimeux et des « araignées couteaux » gigantesques. Pour finir, il existe également des tempêtes de sable appelées « haboob », littéralement un mur de sable d’une hauteur de plusieurs centaines de pieds soulevé par de forts vents, qui passe sur la base de temps en temps. Ces tempêtes commencent très soudainement et avec une étonnante vitesse, bloquent complètement le soleil et aveuglent et étouffent quiconque s’y trouve.

La chaleur et les tempêtes de sable ont eu un effet sur le matériel et sur les troupes. Les membres du Régiment des transmissions interarmées des Forces canadiennes ont constamment dû assurer l’opération et l’entretien de matériel dans la chaleur, chose très difficile. Ils ont trouvé des solutions créatives, comme avoir recours à une tente modulaire et à un climatiseur pour maintenir la température du matériel dans la plage normale.

Peu importe le degré de préparation et d’expérience d’une unité, le meilleur professeur, c’est l’adversité. Il est assuré que tout déploiement de « Roto zéro » dans les FAC devra relever des défis imprévus, et la façon de les relever et de les surmonter constitue le test qui doit être passé. Alors que l’EAT se prépare à quitter le théâtre et que la force opérationnelle commence à mettre la mission en œuvre, le son des hélicoptères canadiens qui volent au Mali témoigne du travail accompli.

Galerie d'images

  • Un hélicoptère est chargé dans l’arrière d’un gros avion.
  • Un avion de marchandise atterrit sur de la terre rouge. Il y a beaucoup de sable dans l’air.
  • Une femme transportant de grosses chaînes sur son épaule.
  • Deux militaires creusent dans le sable avec une pelle et une pioche-hache.
  • De grandes boîtes noires de matériel et une soucoupe parabolique.
  • Des militaires s’aident mutuellement à transporter une longue hélice d’hélicoptère noire.
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