Un centre consacré au Bomber Command

L’International Bomber Command Centre à Lincoln, au Royaume-Uni. À gauche se trouvent la Flèche commémorative et les Murs des noms et, à droite, le Centre Chadwick. Le Ruban du Souvenir relie le Centre Chadwick et la Flèche commémorative. PHOTO : © Phil Crow, site Web de l’IBCC

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Par M. Richard Mayne

En tant qu’historien, il est rare que j’écrive à la première personne. Cependant, après avoir assisté à la cérémonie d’ouverture de l’International Bomber Command Centre (IBCC) dans le Lincolnshire, en Angleterre, en avril 2018, je ne vois pas de meilleure façon de raconter l’expérience que j’ai vécue, car il s’agissait d’un événement personnel et émouvant.

Je dois également souligner que j’ai un parti pris : mon père était mitrailleur de bord dans le Bomber Command pendant la Seconde Guerre mondiale, de sorte que même avant qu’elle ne s’amorce, la cérémonie revêtait déjà une signification spéciale pour moi. Cela dit, mon poste d’historien principal de l’ARC m’a conféré le privilège et l’honneur de participer à de nombreuses cérémonies de cette nature, mais il y a quelques aspects de l’expérience que j’ai vécue à l’IBCC qui, à part mes liens familiaux, en ont fait l’une des plus remarquables auxquelles j’aie assisté.

Toutefois, avant de décrire cette expérience, il faut établir le contexte.

L’IBCC se définit comme « une installation de premier ordre qui sert de point de reconnaissance, de commémoration et de réconciliation pour le Bomber Command. Présentant le compte rendu historique le plus approfondi au sujet du commandement, l’IBCC vise à faire en sorte que les générations à venir puissent apprendre le rôle vital du Bomber Command dans la protection de la liberté dont nous jouissons aujourd’hui. »

La mise au point de l’IBCC a pris plus de huit ans et sa construction a coûté environ 10 millions de livres sterling. Il se compose d’une flèche commémorative, de jardins et du Chadwick Centre, qui facilite l’interprétation de l’histoire du Bomber Command. Le monument lui-même, d’une hauteur de 31 mètres, est aujourd’hui le plus grand monument de guerre de Grande-Bretagne et, en partenariat avec l’Université de Lincoln, l’IBCC revendique des archives numériques réunissant quelque 190 000 documents, photos et lettres.

La cérémonie d’ouverture s’est tenue à Lincoln, au Royaume-Uni, le 12 avril 2018, en présence d’environ 4 000 personnes. On devait y commémorer l’ouverture de l’IBCC par une cérémonie d’inauguration. Il s’agissait toutefois également de commémorer près d’un million de personnes qui ont servi et soutenu le Bomber Command. Les 300 anciens combattants qui ont assisté aux cérémonies étaient tout aussi importants.

À cause du mauvais temps, la Royal Air Force a malheureusement dû écourter son défilé aérien; cependant, à certains égards, le ciel maussade semblait plus approprié. Le sommet du monument étant enfoui dans les gros nuages bas d’une brume matinale froide, les hommages aux quelque 55 000 militaires du Bomber Command qui sont morts dans le ciel au-dessus de l’Europe ont été extrêmement bien rendus. Et, à bien des égards, il s’agissait du sujet de la journée : ceux qui ne sont pas rentrés de mission et dont le nom est maintenant gravé sur les panneaux entourant le monument, ainsi que les anciens combattants qui ont survécu à leur passage au Bomber Command. Les anciens combattants canadiens étaient représentés par Stuart Vallières, dont l’avion a été abattu lors de sa 33e mission, mais qui a été secouru par la résistance française. Ce sursis s’est révélé de courte durée, car les blessures de M. Vallières étaient si graves que la Résistance n’a eu d’autre choix que de le remettre aux Allemands pour qu’ils puissent lui fournir les soins médicaux dont il avait besoin et qui ont nécessité l’amputation partielle d’une jambe.

Bien que la cérémonie ait été mémorable en soi, c’est plutôt la suite qui m’a rappelé pourquoi je suis devenu historien il y a tant d’années. Tout d’abord, il y a eu le moment après la cérémonie où le lieutenant-général Al Meinzinger, commandant actuel de l’ARC, a présenté à M. Vallières un exemplaire d’un nouveau livre sur un militaire canadien important du Bomber Command. Peu de temps après, l’un des officiers de l’ARC chargés d’aider M. Vallières m’a informé que ce cadeau personnalisé signifiait tellement pour M. Vallières qu’il ne voulait pas le laisser hors de sa vue.

Le lieutenant-général Meinzinger, les officiers de l’ARC présents, d’autres invités et moi-même avons eu l’occasion de rencontrer M. Vallières à l’hôtel Petwood dans une salle chargée d’histoire : c’était autrefois le mess des officiers du 617e Escadron (la fameuse unité qui a exécuté le raid des Briseurs de barrages). C’était presque une expérience surréaliste de voir ce merveilleux ancien combattant de 95 ans nous raconter ses souvenirs de guerre. Après son premier récit, j’ai regardé autour de la table, et j’ai vu tous les officiers de l’ARC et les civils écoutant attentivement chacun de ses mots.

Les récits eux-mêmes étaient vraiment merveilleux, et il m’est venu à l’esprit que j’assistais au processus où une génération se liait à une autre – certains pourraient dire que de tels moments représentent l’essence même de l’histoire. C’était donc un véritable plaisir non seulement de revoir cet ancien combattant lors du défilé de passation de commandement du lieutenant-général Meinzinger le 4 mai 2018, mais aussi d’avoir l’occasion d’entendre le nouveau commandant raconter certaines des histoires de M. Vallières à l’auditoire. Selon les dires du lieutenant-général Meinzinger, quand il a assumé le commandement de l’ARC :

C’est notre histoire empreinte de fierté qui nous inspire, qui nous donne un objectif et qui nous guide vers l’avenir. D’ailleurs, je suis récemment revenu de la cérémonie d’ouverture du mémorial international du Bomber Command dans le Lincolnshire, en Angleterre, le cœur du Bomber Command durant la Seconde Guerre mondiale.

Ce voyage m’a rappelé de façon frappante le travail courageux accompli par le personnel de l’ARC lors de cette période de la guerre et que, entre autres, quelque 10 000 militaires de l’ARC ont malheureusement perdu la vie pendant cette campagne difficile.

C’était un grand honneur pour moi de me trouver aux côtés de l’un de nos héros canadiens : Stuart Vallières, âgé de 95 ans, dont l’appareil a été abattu durant sa 33e mission à bord d’un bombardier Halifax à l’été 1944.

Prisonnier de guerre des Allemands pendant quatre mois, Stuart nous a décrit, à nous qui formions un petit groupe, comment il a fracturé le nez d’un gardien allemand agressif qui a craché sur lui pendant qu’il se reposait sur sa civière après une intervention chirurgicale.

Mesdames et Messieurs, si ça, ce n’est pas du courage, si ça, ce n’est pas la manifestation d’un esprit de combat, alors je ne sais pas de quoi il s’agit!

Stuart, je suis très heureux de vous voir ici, ce matin, avec votre fils Dave (le nom d’un des membres de votre fantastique équipage de Canadiens).

Être témoin de la transmission de ces connaissances de génération en génération a été remarquable et témoigne de l’importance de l’histoire pour des organisations comme l’ARC. Il s’agissait aussi d’un hommage considérable à nos anciens combattants, et peut-être était-ce la partie la plus mémorable de l’inauguration de l’IBCC.

Comme l’a publié un quotidien britannique, le plus jeune ancien combattant de la cérémonie avait 92 ans, tandis que le plus âgé avait 100 ans. Il s’agit d’une pensée décourageante qui vient soulever la malheureuse réalité que nous arrivons à une époque où bientôt il n’y aura plus d’anciens combattants du Bomber Command qu’on puisse écouter en personne. Heureusement, il y a maintenant un nouveau centre qui gardera vivant le souvenir de ces braves aviateurs.

M. Mayne est historien principal de l’ARC.

L’IBCC obtient de l’aluminium du bombardier canadien Halifax

Karl Kjarsgaard, à l’aide de dossiers des Nouvelles de l’ARC

Le Musée du Bomber Command du Canada (MBCC) est le gardien de certains des morceaux d’aluminium d’aéronefs historiques les plus précieux au Canada, les vestiges fondus (sous forme de lingots) du Halifax LW682 du 426e Escadron « Thunderbird ». On a conservé le métal de cet avion après que l’équipage disparu au combat ait été retrouvé enseveli à l’intérieur du Halifax dans une tourbière en Belgique et récupéré en 1997. Aujourd’hui, nous avons pu partager notre trésor en aluminium avec l’International Bomber Command Centre (IBCC). En janvier, nous avons livré 140 kilogrammes d’aluminium du Halifax à l’IBCC afin que le métal soit intégré à son jardin commémoratif au nom de l’ARC. Ce métal précieux a déjà servi à la fabrication du toit du monument commémoratif du Bomber Command à Londres, en Angleterre, et à la réalisation d’autres projets spéciaux.

L’aluminium a trouvé sa forme définitive à titre de revers du panneau commémoratif 271, qui, comme d’autres panneaux du monument commémoratif, porte le nom de ceux qui ont donné leur vie au service du Bomber Command. Le panneau bleuâtre, situé à l’est de la Flèche commémorative, arbore les mots « Because We Remember » (Parce que nous nous souvenons). Selon les Nouvelles de l’ARC, le bénévole Dave Gilbert, chef de la base de données qui consigne les pertes de l’IBCC, affirme que la tâche d’enregistrer le nom de tous ceux qui sont morts au service du Bomber Command pourrait ne jamais être terminée. « S’il le faut, on ajoutera des noms au panneau numéro 271. C’est un panneau spécial; il est distinct et porte l’inscription “Because We Remember” (Parce que nous nous souvenons). »

À propos de l’International Bomber Command Centre

Texte tiré du site Web de l’IBCC

Le projet de l’International Bomber Command Centre comprend l’enregistrement, la conservation et la communication des récits de tous ceux qui ont fait partie du Bomber Command ou dont la vie a été touchée par lui pendant la Seconde Guerre mondiale. On a retenu l’emplacement de Lincoln, car il s’agit d’un point central pour les 27 bases qui ont valu au Lincolnshire le titre de « Bomber County » (comté des bombardiers). La cathédrale de Lincoln constituait un point de repère pour les équipages au départ et au retour des missions et, pour ceux qui ne revenaient pas, la cathédrale constituait souvent la dernière représentation qu’ils pouvaient se faire de la maison. Le comté abritait plus du tiers de tous les postes de commandement des bombardiers, ce qui en fait le lieu idéal pour ce monument dédié à la bravoure des hommes du Bomber Command.

La Flèche offre une vue imprenable sur Lincoln et constitue le plus haut monument de guerre du Royaume-Uni. Officiellement dévoilée en octobre 2015, elle mesure 31,09 mètres, l’envergure de l’aile du bombardier Avro Lancaster, en plus de mesurer cinq mètres de large à sa base, soit la largeur d’une aile de Lancaster.

Les Murs des noms rendent hommage à près de 58 000 hommes et femmes qui ont perdu la vie en servant ou en soutenant le Bomber Command pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces murs entourent la Flèche commémorative pour former une série de cercles donnant un cadre à la vue sur la ville et la cathédrale. On compte 23 murs sur lesquels figurent 270 panneaux arborant le nom de près de 58 000 hommes et femmes. Toute vie perdue dans le Bomber Command représentait un sacrifice équivalent. Par conséquent, les murs n’indiquent ni les grades ni les médailles décernées.

Le Centre Chadwick utilise la technologie et les expositions interactives pour donner vie aux expériences de ceux qui ont participé à la lutte pour préserver la liberté dont nous jouissons aujourd’hui ou dont la vie a été touchée par elle. Des entrevues avec des anciens combattants de l’aviation et du personnel au sol, ainsi qu’avec le personnel de soutien du monde entier, fusionnent pour créer un orchestre de voix. Il y a des témoignages de survivants de la campagne de bombardement des Alliés, de membres du mouvement de résistance et de personnes touchées par l’afflux de milliers de militaires dans leur collectivité. Le nom du centre rend honneur à Roy Chadwick, concepteur du bombardier Lancaster.

Le Ruban du Souvenir relie le Centre Chadwick à la Flèche commémorative. Le public est invité à dédier un pavé gravé à un parent, à un ancêtre ou à un ami. Le ruban du Souvenir constituera un point de convergence central et personnel pour les visiteurs du Centre et fera en sorte que ceux qui ont servi ou appuyé les opérations du Bomber Command soient commémorés et honorés, qu’ils aient perdu la vie pendant la guerre ou après celle-ci.

 

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L’International Bomber Command Centre (en anglais)

Des entrevues vidéo sur l’International Bomber Command Centre menées par Halifax Rescue 57 (Canada) (en anglais)

Des centaines d’anciens combattants du Bomber Command se réunissent afin de commémorer les sacrifices faits pendant la guerre (la vidéo comprend une entrevue avec Stuart Vallières) (en anglais)

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  • Two men, one wearing a suit and the other a military uniform, talk.
  • Two men talking.
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