Histoire de Sanja : de la rencontre de Casques bleus canadiens en Bosnie à l’engagement dans l’Équipe de la Défense

Sanja Pintar and her family
Sanja Pintar, analyste financière au sein du groupe du Directeur général – Opérations financières, en compagnie de sa famille, durant une visite à Sarajevo. Photo remise par l’auteure

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Par Sanja Pintar

Rares sont les souvenirs joyeux remontant à une époque de guerre. Cependant, celui que je porte dans mon cœur depuis bien des années m’a en quelque sorte menée à ma vie actuelle.

À l’époque de la guerre de Bosnie, soit de 1992 à 1996, j’habitais avec mes parents, mes grands-parents et mes deux frères dans une petite ville nommée Ilijaš, tout près de Sarajevo. Je ne peux pas imaginer ce qu’ont vécu mes parents qui tentaient de nous garder en vie et hors de tout danger, de nous nourrir adéquatement et de ne pas perdre la raison malgré la folie qui nous entourait.

Tous les conforts qu’il était autrefois normal d’avoir avant la guerre avaient disparu. Il n’y avait pas d’électricité du tout; nous passions donc les soirées à parler, à lire à la lueur de chandelles faites maison et à jouer aux cartes. Il n’y avait pas d’eau, car on avait coupé notre approvisionnement en eau. Nous devions donc aller puiser de l’eau pour laver dans la rivière voisine et de l’eau à boire dans un puits. Par ailleurs, les écoles étaient fermées parce qu’il était trop dangereux pour nous de nous rendre en ville à pied.

Nous recevions des rations mensuelles de farine, de riz et de haricots, et quelques boîtes de conserve de la part d’organismes d’aide. Tout le reste, nous devions le trouver nous-mêmes. Nous avions un petit lopin de terre où nous cultivions nos propres légumes, alors heureusement, nous n’avions pas faim. Cela dit, une chose dont je me souviens, c’est à quel point les sucreries nous manquaient, les enfants. Le sucre était très rare, alors nous étions chanceux si, de temps à autre, nous pouvions déguster une pointe de tarte aux pommes. Je me souviens d’avoir rêvé de gâteaux, de chocolats et de bonbons, et de parler avec mes amis de l’envie de manger tous les bonbons que je pourrais au terme de la guerre.

Cela m’amène à mon joyeux souvenir de guerre. Un jour d’hiver, quelqu’un est accouru chez nous et nous a dit que des Casques bleus offraient des bonbons et des gâteaux. Mon frère et moi avons couru aussi vite que nous pouvions. Ça se passait non loin de chez nous. Je me rappelle avoir vu un camion militaire vert entouré de nombreuses personnes. Nous avons vu des gens repartir avec des assiettes en papier pleines de gâteaux blancs et de friandises à l’allure magique. Notre plus grande crainte était qu’il n’y en aurait pas assez, parce que nous étions assez loin du camion et la foule grossissait à vue d’œil.

Nous avons eu la chance de nous rendre au début de la file. Je me souviens très bien du soldat qui souriait et qui me tendait, ainsi qu’à mon frère, les assiettes remplies de différents morceaux de gâteaux ornés d’un drapeau unifolié. Mon frère et moi en avons chacun mangé un morceau de gâteau avant de ramener les sucreries à la maison pour en donner à notre petit frère et au reste de la famille.

Depuis lors, j’ai mangé ma part de gâteries. Même à ce jour, quand je ferme les yeux et que je me remémore ce moment-là, je me souviens du goût extraordinaire de ces gâteries que rien ne pourra égaler.

Mes parents nous ont expliqué que les Casques bleus étaient des Canadiens. Ils ont sorti une carte du monde et nous ont montré où se trouvait le Canada. Ce jour-là, avec le ventre plein de friandises canadiennes, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, je serais fière d’appeler ce drapeau le mien, et que j’appuierais les troupes qui m’avaient procuré une si grande joie cet instant-là.

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  • Master Corporal Bert Howard talks to a Serbian local
  • Canadian peacekeepers during UNPROFOR

J’aimerais pouvoir rencontrer personnellement les soldats qui étaient là ce jour-là afin de leur dire à quel point ils nous ont rendus heureux et ce que ce petit geste de générosité signifiait pour nous. Je leur dirais que bon nombre de personnes se souviennent encore de ce moment-là et en parlent à leurs enfants, comme je l’ai moi-même fait.

Après la guerre, ma famille a eu la chance d’immigrer au Canada pour y entamer une nouvelle vie. Aujourd’hui, je suis fière de travailler pour ce ministère qui me tient tellement à cœur depuis que je n’étais qu’un enfant vivant dans un pays déchiré par la guerre.

Mes deux filles sont nées au Canada et je leur ai raconté cette histoire. Je ne peux qu’espérer qu’un jour elles comprendraient à quel point elles ont de la chance de grandir dans ce beau pays.

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